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Contribution à la connaissance des coléoptères saproxyliques : bilan de 10 ans de captures au piège vitre dans les forêts domaniales de la plaine lorraine (hors montagne vosgienne)

Auteur : Millarakis (Philippe)


Année de publication : 2018
Publication : Bulletin de la Société Lorraine d'Entomologie
Volume : 999
Pagination : 29


Résumé :

Des coléoptères difficiles à étudier1 500 coléoptères saproxyliques en Lorraine ? Ils sont souvent peu connus et de petite à très petite taille (moins de 1 mm), réparties dans de nombreuses familles, dont une bonne partie peu étudiée et sans clé de détermination mise à jour. La difficulté de les étudier dans la nature impose un protocole reposant sur un piégeage continu durant l’émergence des adultes, de fin avril à fin juillet. La trentaine de sites forestiers lorrains au sens large étudiée (prise en compte des boisements des plateaux calcaires de Champagne-Ardenne) a ainsi bénéficié d’un protocole considéré minimal pour le Réseau Entomologie de l’Office National des Forêts, soit trois années de piégeage et l’installation systématique de quatre pièges par site. Les données présentées proviennent du Laboratoire national d'entomologie forestière de l’ONF à Quillan (inventaire de plusieurs Réserves Biologiques Intégrales du Grand Est), des études diverses de Philippe Millarakis (CARNET B, forêts lorraines, en priorité dans les départements de la Meuse et de la Meurthe-et-Moselle, dont la forêt domaniale de Verdun) et des études d’Olivier Rose dans plusieurs RBI lorraines, enexcluant celles réalisées dans les Vosges.Le but premier de ces inventaires est l’établissement d’un premier état des lieux des nouvelles Réserves Biologiques domaniales ; secondairement, l’évaluation de la patrimonialité des boisements estégalement attendue.Liste des coléoptères pour estimer la « valeur patrimoniale des forêts françaises »Pour estimer la valeur patrimoniale des forêts françaises, le document de référence actuel est issu de la thèse d’Hervé Brustel (2004) : une sélection de 29 familles et 253 taxons considérés patrimoniaux dans la moitié nord de la France. L’évaluation de l’état de conservation des boisements repose sur deux indices affectés à chacun des 253 taxons, un indice fonctionnel lié à la spécificité du biotope et un indice de rareté géographique. 113 taxons (environ 50 %) de cette liste ont été identifiés en Lorraine, dont 89 en plaine et 75 dans la montagne vosgienne. On notera que les meilleurs sites lorrains, les Chênaies humides de la forêt domaniale de Lisle -55- et de la forêt domaniale de Fénétrange -57- totalisent chacun respectivement 58 et 50 taxons, soitenviron la moitié de ceux connus à ce jour en Lorraine.Amélioration de la connaissance de la faune lorraineL’étude a été étendue à 38 familles, et le nombre de coléoptères saproxyliques capturés s’élève à plus de 300, ce qui est peu…, dont 100 à 150 régulièrement observés. Exemple de quelques familles dans lesquelles un nombre de taxons significatif est venu compléter la liste lorraine de 2008 des coléoptères : 6 Erotylidae, 9 Eucnemidae, 10 Mycetophagidae et 10 Rhizophagidae.Les captures des trente sites inventoriés ont été reportées en présence-absence sur tableur, pour mettre en évidence le taux de fréquence de chaque taxon. Exemple des :- Histeridae. 150 taxons en France dont 50 sont saproxyliques : 14 saproxyliques identifiés en Lorraine, dont 6 considérés fréquents,- Melandyidae. Très peu connus, une quinzaine de taxons capturés dont seulement trois fréquemment : Melandrya barbata (Fabricius, 1792), Melandrya caraboides (Linnaeus, 1760) et Orchesia undulata (Kraatz, 1853) ; beaucoup d’espèces rares ? ou méconnaissance des moyens de les capturer ?- Mycetophagidae. La relativement bonne connaissance actuelle du genre Mycetophagus doit beaucoup au piégeage : 8 taxons identifiés, dont 4 de la liste Brustel (Mycetophagus ater, fulvicolis, populi et piceus). Le statut lorrain de ces taxons n’est plus en phase avec la connaissance des années 2000 : exemples de M. ater qui se révèle un taxon médio-européen fréquent dans le Grand Est, et de M. populi connu de plus de huit sites lorrains, soit près du double des sites connus en France avant 2000,- Eucnemidae. 15 taxons identifiés en Lorraine, dont deux considérés très rares en France, Epiphanis cornutus Eschscholtz, 1829 et Microrhagus pyrenaeus Bonvouloir, 1872. La répartition nationale des Eucnemidae doit être actualisée en fonction des récentes captures.Mise à jour des déterminants ZNIEFF et évaluation de sites forestiersL’augmentation de la connaissance de la faune lorraine permet de proposer de nouveaux déterminants : actuellement, environ 50 % des 242 coléoptères pour la délimitation de ZNIEFF en Lorraine sont saproxyliques. La liste des déterminants ZNIEFF (liste Grand Est à conforter !) est un outil indispensable pour quantifier la valeur patrimoniale et estimer l’état de conservation des boisements à l’échelle régionale. La comparaison de la faune saproxylique de 8 sites du département de la Meuse est présentée.L’intégration de plusieurs variables permet, en fonction de nos connaissances actuelles, de valider ce qui semble logique : les boisements les plus riches en coléoptères saproxyliques sont des Chênaies ou des Chênaies-Hêtraies âgées de plus de 150 ans. À l’opposé, les Hêtraies reconstituées naturellement sur le champ de bataille de Verdun, âgées de 80 à 90 ans, sont les plus pauvres. Sur le plan historique, la continuité boisée de la forêt de Lisle, dont les limites sont inchangées depuis la carte des Naudin de 1738, se révèle un facteur positif, voire déterminant. Enfin, une synthèse des études réalisées dans le Grand Est est souhaitée, afin de faire progresser la connaissance des coléoptères saproxyliques.