Des Plécoptères en plein hiver

Publié le 16/02/2021 Vu 108 fois


Quelle que soit la saison, un entomologiste trouvera toujours une bonne raison pour aller rechercher des insectes sur le terrain, et pas seulement à l'état de larves. Par exemple il existe un large panel de Plécoptères dont l'émergence commence très précocement: les premières observations ont eu lieu cette année avant la vague de froid qui s'est terminée, mais en fait on peut observer des adultes disséminés tout au long de l'hiver. Il n'est pas exceptionnel de les voir marcher sur la neige, où ils sont alors faciles à détecter.  Nous vous en proposons ici un aperçu et vous invitons à aller les observer, notamment dès le prochain redoux, et nous faire remonter vos trouvailles.

On rencontre typiquement dès maintenant Leuctra prima (Leuctridae), la bien nommée, abondante dans les ruisseaux vosgiens, sans cerques apparents et avec des ailes de taille normale. D'autres espèces de Leuctra vont apparaître très vite, dès le mois de mars.

Un peu plus petites (moins d'un centimètre), les espèces du genre Zwicknia (Capniidae) sont d'identification délicate. La plus répandue et la plus fréquente chez nous est Zwicknia bifrons (ex-Capnia bifrons). Seul le mâle, minuscule, est brachyptère, voire microptère. La femelle a des ailes développées, et se reconnait à ses longs cerques. Ce sont de petites bêtes qui déambulent avec empressement sur les supports en bordure de ruisseau (murets, végétation, blocs rocheux…). Il y a au moins une autre espèce présente en Lorraine, Zw. westermanni, qui présente une brachyptérie moins prononcée. 

Une autre famille globalement précoce est celle des Taeniopterygidae: nettement plus grands (15 mm au moins) avec les ailes portant des barres sombres transversales plus ou moins visibles. Brachyptera comprend 3 espèces lorraines, dont l'une est très rare (Brachyptera braueri) et fréquente les grandes rivières: on a des chance de la rencontrer par les belles journées de février, sur la végétation du bord. Taeniopteryx comporte 2 espèces, une exclusivement vosgienne (T. hubaulti), l'autre très rare également dans les grandes rivières (T. schoenemundi). Inutile de dire, donc, que tout Pléco trouvé en février (ou mars) au bord d'une grande rivière (Moselle, Meurthe, Sarre, Meuse, Ornain, Saulx, etc...) est TRÈS intéressant.

Nous citons ici les plus fréquentes et les plus précoces, mais d'autres espèces peuvent se rencontrer en fin d'hiver (famille des Nemouridae)... Il faut bien réaliser que les insectes aquatiques ne sont pas soumis aux mêmes rigueurs de température que les terrestres: l'eau (liquide!) n'est jamais à moins de 0°, et souvent sensiblement au-dessus. Donc la capacité d'être actif à basse température (spécialité des Plécos !) et de se reproduire en hiver sont des avantages sélectifs sérieux qui peuvent compenser beaucoup d'inconvénients. D'ailleurs il y a aussi des Trichoptères hivernaux ainsi que des Éphéméroptères : Baetis rhodani par exemple semble émerger maintenant toute l'année, réchauffement climatique aidant. Un des "inconvénients", c'est qu'en général, il est plus difficile de voler, d'où éventuellement une brachyptérie qui s'observe dans bon nombre de cas... La saison entomologique, pour les EPT (Éphémères-Plécos-Trichos), est donc très longue, au minimum de février à début novembre.

L'identification sur photo de ces espèces est quasi impossible avec certitude... Donc il faut capturer! Gilles est prêt à étudier les échantillons que vous lui transmettriez !

Rédaction : Gilles Jacquemin et Julien Dabry

Auteur : Florian RABEMANANJARA